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Avec sa tronche torturée, son œil de verre et sa jambe déglinguée, ce type incarnait le rock.

Dans cette interview [Les Inrockuptibles] Don Fleming parle de ses débuts avec Bruce Joyner.

Quand as-tu formé ton premier groupe?

Ce devait être en 76. The Stroke Band, un espèce de groupe punk sudiste avec Bruce Joyner comme chanteur. Nous étions en pleine phase Stooges, toujours défoncés. Bruce était incroyable, un vrai meneur, une véritable figure locale. Pour moi, ce type incarnait le rock, avec sa tronche torturée, son œil de verre et sa jambe déglinguée. Le groupe cherchait un guitariste, alors j’ai postulé... Malheureusement, il était quasiment impossible de jouer live dans notre région, alors nous passions des nuits à jouer pour nous, dans un vieux garage. On faisait ces petites cassettes pourries avec un vieux magnéto et deux micros trafiqués. Rien de plus, nous étions très amateurs... J’ai quitté la Géorgie après avoir passé deux années entre la fac et The Stroke Band. J’en avais marre, les cours m’ennuyaient profondément et le groupe n’avançait pas. Je ne pensais plus qu’au rock, alors je suis parti vers le Nord, là où les choses se passaient. Direction Virginia Beach.

Tu y formes Citizen 23, avec Joyner mais sans la section rythmique de The Stroke Band.

Des ringards ! Ils voulaient réussir, mais sans quitter leur petite ville paumée. Donc, Bruce a acheté une boîte à rythmes qui faisait très bien l’affaire. Nous sommes restés quelques mois sur la côte, avant de poursuivre notre montée vers le Nord. A Washington, nous avons rencontré Jay Spiegel, aujourd’hui batteur de Gumball. C’était un type étonnant, toujours survolté.

Quel genre de public attiriez-vous?

Tous les genres. Zombies, alcoolos, étudiants, bandits, nymphos. Washington est une ville étrange où les cols blancs chantent avec les putes de bar et les petits rockers. Tous les contrastes devant une même bouteille d’alcool, et nous sur scène, à faire les singes.

Comment expliques-tu que Joyner et toi ayez pris des directions musicales si différentes ?

L’esprit reste le même : c’est du rock. Simplement, Bruce est resté très sudiste, un peu paysan, au bon sens du terme. Moi, je suis beaucoup plus urbain. New York, c’est vraiment mon truc... Notre lien, c’était le punk-rock. Les Ramones, les Sex Pistols, les Buzzcocks, voilà ce qui nous a réunis. Et peut-être Roxy Music, dont nous étions tous les deux très fans. Depuis, chacun a choisi sa voie... J’ai lâché Joyner en 80 pour former The Velvet Monkeys avec Jay Spiegel. Pour me remplacer, j’ai présenté Mark Neil à Bruce. Ensemble, ils sont partis en Californie où ils ont formé les Unknowns... Je revois toujours Mark Neil, qui est retourné s’installer en Géorgie. Il vient d’acheter la table de mixage sur laquelle les Beach Boys ont enregistré Pet Sounds. Un vrai bijou. Lorsque tu enregistres trois notes de guitare, tu as l’impression d’entendre jouer les Beach Boys.

Interview Emmanuel Tellier

NEWS 2002 : Don Fleming is willing to reissue the Stroke Band album

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