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Bruce joyner with Ray ManzarekJOYNER

A LA NAGE

Il y a quelques mois, Bruce Joyner et les Plantations sortaient le mini-Lp Swimming With Friends, un grand pas en avant pour eux comme pour ceux qui les suivent. "Je voulais que la musique soit un peu plus intense, un peu plus limite qu’auparavant, commente Bruce, je voulais explorer des directions nouvelles pour moi, en même temps qu'obtenir plus de rondeur à la production". Mais bien sûr, au-delà du son et de la performance, la force nouvelle du disque est à chercher du côté des nombreux invités impliqués dans le projet : John Doe par exemple.

Le duo avec John sur "Deep green water" est probablement un des achèvements les plus aboutis de Bruce. L’amitié des deux hommes remonte à déjà longtemps, Bruce ayant fait plusieurs premières parties de X dans le passé, leur association sur le morceau était donc naturelle. John apprit la chanson en deux jours et la chanta de façon très détendue en quelques prises très rapides, une expérience très agréable pour Bruce : "Tout s’est passé au mieux. John avait la chanson en tête et tout est allé très vite. C’est un morceau qui a des influences un peu dans le genre de celles des Cramps (eux aussi amis de longue date de Bruce, et qui ont failli participer aux Swimming Sessions, n’était un emploi du temps chargé) ou des Hoodoo Gurus: un drumming à la Sandy Nelson avec des guitares Ventures, et une histoire poisseuse, mystique, vaguement dans la tradition d’Edgar Poe".

Autre invité d’honneur sur le même morceau, Ray Manzarek, au sujet duquel Bruce est nettement enthousiaste : "C’est un des moments vraiment forts de ma carrière musicale. J’ai toujours admiré le jeu de Ray avec les Doors et je l’ai toujours apprécié en tant qu’individu. A lui seul, il est tout un pan de l’histoire du rock. Quand il était là, nous avons probablement passé autant de temps à bavarder qu’à enregistrer réellement. On parlait des Doors bien sûr, de Jim Morrison qui a toujours été un de mes chanteurs favoris. Les Doors avaient un son qu’on identifiait dès la première mesure".

Mais l’hôte le plus coloré du disque devait être Sky Saxon. Saxon-Joyner, une association des plus étranges, tellement étrange que Sky faillit ne pas participer du tout aux sessions : au jour prévu, l’immeuble où il logeait servait de refuge à un tireur fou et l’antigang avait cerné le pâté de maison (Votre Serviteur se souviendra longtemps d’avoir extirpé Mr. Saxon de son antre en plongeant au moindre bruit de coup de feu). Sa participation à "Voodoo love" (décrit par Bruce comme "une chanson glauque pour le sexe opposé") a ajouté une réelle profondeur au titre, grâce à son timbre si caractéristique : "Sky Saxon est un de ces prototypes sur lesquels on bute immanquablement quand on parle du rock des 60’s. Il a une voix unique et une totale compréhension de l’époque. Je le voulais sur "Voodoo love", je voulais bousculer les limites. Sky est quelqu’un sur qui de très nombreux musiciens ont bâti toute leur carrière ; j’ai été fier de travailler avec lui et j’espère en avoir de nouveau l’occasion". Présent sur le même morceau, un autre ami proche de Bruce, Stan Ridgway : "Steanard est venu sans bien savoir ce que j’attendais de lui. Je voulais qu’il chante, mais IRS ne l’y a pas autorisé. Il était partant pour chanter quand même, mais je l’en ai dissuadé - je ne voulais pas qu’il ait d’ennuis - et il joue seulement de l’harmonica. Je voulais donner au morceau une dimension qui vous file le frisson ; c’est pour ça que j’ai fait appel à Sky, à Stan, et aussi à cet extraordinaire guitariste de blues qu’est Carlos Guitarlos (de Top Jimmy and the Rhythm Pigs)".

Mais la liste des invités n’en reste pas là. Steve Wynn du Dream Syndicate, fan de Bruce depuis l’époque Unknowns, apporte ainsi sa guitare et sa voix à "The dark side of your brain" : "Ce morceau est le pivot du disque. J’avais demandé à Steve de jouer une guitare de western-spaghetti comme dans "Le bon, la brute, et le truand" : il a définitivement rempli son contrat, jouant des lignes qui n’ont pas grand chose à voir avec le Dream Syndicate. Ses choeurs rappellent un peu les premiers trucs des Who, ils ont un feeling très mystérieux. Après l’enregistrement, il m’a dit que si le Syndicate n’avait pas décroché son récent contrat avec Big Time, il aurait probablement rejoint mon groupe. Ça fait vraiment plaisir".

Bruce n’a pourtant pas besoin de s’entourer de beau linge pour enregistrer de grands morceaux. Témoin, "The ram song", une chanson qui rappelle un peu "People are strange" des Doors et sur laquelle Bruce a longtemps travaillé : "Le morceau traduit l’humeur qui est souvent la mienne quand il pleut c’est un sentiment assez exalté, qui n’a rien de négatif". Autre titre, "Burning mansions" inclut des enregistrements de mitrailleuses pris dans la vie réelle et transcrits par ordinateur : "C’est un morceau sur l’esclavage, sur le rêve qu’en fait un jeune homme qui ne pense plus qu’à une chose, briser ses liens". Et Swimming With Friends sera complet avec une version rockabilly de "Think it over", le titre de Buddy Holly que Bruce a tenu à enregistrer "parce que je voulais lui tirer mon chapeau", et "In my garden", un des plus beaux morceaux de l’album, qui fut pourtant enregistré et inclus à la toute dernière minute.

Un mot pour terminer sur une chanson qui devrait particulièrement tenir à coeur aux lecteurs de cette publication, "Away from the neon lights", sorti en exclusivité sur un flexi-disc récent de Nineteen : "C’est un morceau que j’avais écrit il y a un certain temps et qui rappelle un peu mes premiers disques, l’histoire d’un garçon amoureux d’une fille dont les parents et les frères veulent l’éloigner. C’est une chanson avec une certaine violence, mais qui ne tranche pas entre les opinions des parents et celles du garçon. Qui a raison ? A vous de répondre".

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